Au
Pérou existe depuis longtemps une très forte tradition autour
du charango. Cette tradition est unique et place sans aucun doute le charango
comme l’un des instruments les plus caractéristiques de la culture
andine. L’ascension jusqu’à nos jours du charango dans la
culture andine a été difficile et n’a pas manqué
de se heurter à bon nombre de difficultés. En effet, au Pérou,
le charango a toujours été un instrument marginal et ce n’est
que durant les dernières décades qu’il a commencé
à être reconnu comme un élément caractéristique
de la culture andine.
Il est certain qu’il y a 50 ans le charango était un instrument
exotique et rare même à Lima. Jose Maria Arguedas, écrivain
indigène péruvien, le décrivait dans un article dédié
aux citadins de Lima comme une rareté et que seule une analyse ethnologique
pouvait justifier sa raison d’être culturelle.
Aujourd’hui les choses ont changé et le charango n’est plus
un instrument méconnu dans la capitale péruvienne, ni dans les
grandes métropoles d’Amérique et d’Europe : romantique
et chantant dans les sérénades des peuples andins, fidèle
compagnon pour chanter les pénuries des indigènes dans les «
chicherillas » (bar champêtre), porteur des bontés de l’amour
dans les mains des indiens de K’anas de Cusco, impétueux dans les
K’aqello (danse folklorique) de Puno, présent dans la mythologie
d’Apurimac, le charango est aussi un fidèle compagnon des métropolitains.
Il enchante et inspire les piétons, les voyageurs des microbus de la
grande Lima, les amateurs de Wayno (danse folklorique), les rockeurs, les jazzmen
ainsi que les compositeurs académiques qui ont commencé à
composer des pièces très intéressantes pour cet instrument.
Les diverses utilisations du charango n’ont nullement endommagé
les traditions locales ni fait oublier le travail musical des maîtres
d’autrefois. Au contraire, comme en témoigne l’Ecole Nationale
Supérieure de Folklore, il y a de plus en plus de jeunes charanguistes,
parmi lesquels des enfants et adolescents, qui s’intéressent à
l’œuvre des grands maîtres, et qui cherchent un peu plus à
apprendre d’eux.
Nous
ne savons rien sur l’origine du charango. Par contre, nous savons que
les nombreux récits qui expliquent que son apparition est née
de l’intention de se moquer de la guitare européenne et que ses
petites dimensions sont le fruit d’une stratégie permettant de
le cacher des autorités espagnoles ne sont que légendes. Nous
savons de la même façon que l’explication scientifique soutenue
par de nombreux chercheurs académiques selon laquelle le charango serait
né de la déformation de la guitare européenne n’est
pas soutenable. Bien que beaucoup d’incrédules soient surpris,
le modèle standard du charango, à l’image de la guitare
espagnole, a subi un récente évolution et c’est pour cela
qu’il existe une grande diversité de charangos. Il existe des charangos
ayant la forme d’une petite guitare et c’est ce type de charango
qui est le plus courant au Pérou mais il existe également des
charangos dont la caisse de résonance est faite d’écorce
de fruit, de plastique, de boîte de conserve, de corne animale, de carapace
de tortue, …. , de forme circulaire, trapézoïdale, triangulaire,
en forme de sirène, concave ou en forme de carapace de tatou et parfois
même fait avec sa propre carapace, dans ce cas le charango prend le nom
de « quirquincho ».
Quelques-uns se jouent avec un médiateur comme à Huancavelica,
d’autres avec les doigts. Certains possèdent des cordes en tripes,
en métal ou en nylon, avec des rangs de cordes doubles ou triples, avec
la troisième, la seconde et la cinquième cordes octaviées.
Il en existe aussi ayant cinq rangs de cordes simples. Le charango est, comme
ses ancêtres européens, multiple et c’est ce qui en fait
sa richesse. Il peut être joué seul ou accompagné de guitares,
et est très important de part sa sonorité dans les ensembles folkloriques
andins. Il permet d’interpréter tous les genres musicaux comme
le Yaravi (musique romantique, triste), les carnavals, les Waynos (danses traditionnelles)
ainsi que des danses comme le Wasichakuy (danses à l’occasion de
la fabrication du toit de la maison).
Actuellement,
il existe beaucoup d’études relatives au charango dans lesquelles
on peut trouver d’intéressantes informations historiques telles
que de très belles légendes et de très beaux mythes des
traditions locales, des informations concernant les interprètes, …
Ces ouvrages sont d’une grande valeur historique, en effet ils montrent
clairement le symbolisme culturel qu’a acquis le charango et comment
les peuples métisses des Andes et les scientifiques le voient et le valorisent.
De cette manière le charango s’est introduit dans le monde cosmopolite,
affrontant de nouveaux défis au Pérou, acquérant de nouvelles
dimensions à l’étranger (voyez comment dans les rues piétonnes
européennes les Otavaleños (habitants d’Otavalo) d’Equateur
ont réussi à l’introduire dans leur musique traditionnelle,
ainsi que les nouveaux groupes populaires du Chili).
Dans ce procédé de mondialisation, le charango, comme auparavant,
inspire et reçoit l’influence d’instruments et de genres
d’autres cultures.